le pâturage tournant

Fonctionnalité parcours élevage

Une fonctionnalité à intensifier dans le tropique des savanes : le pâturage tournant

 

Dans son billet de la dernière lettre de l’AEI, Philippe Pastoureau conseillait de regarder la conférence de Allan Savory (site agriculture de conservation) sur le « mob grazing ». De quoi s’agit-il ?

Allan Savory constate l’extension géographique du processus de désertification dans le tropique des savanes (existence d’une saison sèche) et en énumère les causes, parmi lesquelles le pâturage. Il part du raisonnement classique d’écologie qui veut qu’un sol nu entraîne du ruissellement et de l’évaporation rapide, et qu’un sol couvert de graminées (les grandes prairies du Zimbabwe et du Kenya par exemple) empêche le ruissellement. Un surpâturage fait disparaître la biomasse et le piétinement déstructure la partie superficielle du sol entraînant de l’érosion. Le surpâturage est donc un danger et on cherche à le maîtriser. La base « scientifique » est donc qu’il faut une cohérence entre la production de biomasse et l’existence d’une couverture du sol.

On souhaite donc privilégier la couverture au sol nu pour éviter d’entrer dans un processus érosif.  C’est « physiquement vrai » mais ça n’est vrai que ponctuellement et sur courte durée, et faux sur la durée. En effet, si l’on ne pâture pas ces espaces de prairie (par exemple pour une mise en défens dans un parc), le volume de biomasse produit se décompose difficilement car il est relativement important ; la biomasse s’oxyde donc lentement et le couvert empêche les graminées de germer, si bien qu’avec le temps les graminées régressent ; ce sont des ligneux qui s’installent et dans les espaces intermédiaires, le sol reste nu ce qui entraîne de l’érosion. L’écosystème connaît alors une évolution non viable alors que l’intuition de la mise en défens laissait penser le contraire.

Le feu constitue-t-il une solution ? Il est pratiqué volontairement par les populations. Il est aussi naturel dans la grande prairie (foudre). Il détruit l’excédent de biomasse et permet aux graminées de repousser. Mais il laisse un sol nu momentanément, et le feu constitue un grand émetteur de gaz à effet de serre. Ce n’est donc pas une solution satisfaisante.

Allan Savory propose de gérer un système productif « mimant » l’écosystème original « biomasse – troupeau ». Dans la situation naturelle « de référence », il y a de grands troupeaux de brouteurs (bovidés, caprins…) qui restent en troupeau pour se protéger des grands prédateurs. Ces troupeaux, par leur volume important consomment de grandes quantités de biomasse. Ils sont donc mobiles car à la recherche permanente de ressources nouvelles, d’autant qu’ils ne repassent pas sur leurs traces en raison des déjections. Le pâturage naturel mobile est donc la situation de référence (le non pâturage n’est pas une situation naturelle). Les troupeaux consomment donc l’excédent de biomasse et leur piétinement est réduit (ils ne font que passer) sans menacer la couverture végétale. Celle-ci empêche l’érosion pluviale et éolienne. L’eau est conservée et alimente le renouvellement de la biomasse. L’écosystème est viable.

Pour éviter l’érosion et la désertification, il suffit d’imiter cet écosystème et de l’intensifier jusqu’à ses limites productives. Il faut donc un troupeau ayant la taille permettant de ne pas laisser trop de biomasse, et de ne pas surpâturer (pas assez de biomasse), de telle manière que le système ressource- utilisation de la ressource soit renouvelable donc « soutenable ».

Dans les systèmes pastoraux actuels des zones de savanes et des zones arides, malheureusement les situations de surpâturage sont nombreuses. Elles aboutissent à généraliser des sols dégarnis de végétation, très chauds le jour et froids la nuit, ce qui produit un écosystème aride sensible à l’érosion et qui étend la désertification, laquelle est stimulée par le changement climatique. L’option à promouvoir –Allan Savory dit que c’est la seule- est donc de régénérer des pâturages tournants intensifs mimétiques à l’écosystème de référence.

Michel Griffon
août 2013