Les Pieds sur Terre, la tête dans les étoiles…

Peut-on associer le bon sens paysan aux technologies du futur, that is a question ?

J’utilise volontairement la langue de Shakespeare que je ne maîtrise pas du tout pour vous parler des nouvelles technologies qui débarquent dans les fermes, plus précisément dans les cabines des tracteurs. Vous l’aurez compris, le paysan c’est moi et je m’intéresse à ce qui navigue au milieu des étoiles: on va parler de GPS (global positioning satellite ou guidage par satellite ) et de RTK (real time kinematic ou cinématique en temps réel).

Quel est le rapport avec l’AEI me direz-vous ? A 1ère vue, aucun puisque je vous parle d’un paysan qui conduit un tracteur qui est lui-même guidé par des satellites afin d’effectuer des aller-retours le plus droit possible. Mais le «tracteur intelligent» est également relié par des ondes à une base radio qui corrige le positionnement donné par les satellites afin de limiter les chevauchements au strict minimum. On obtient dans ce cas une précision de 2 cm. Cela nous permet de maximiser chaque intervention, fini les doublures de produits chimiques, on va réduire de 3 à 5 % les pesticides à condition toutefois que le paysan retire ses mains du volant, c’est la machine qui pilote… Mais où va-t-on??

Bienvenue au XXIè siècle, j’adore me laisser conduire dans mes champs, c’est hyper agréable et cela me permet de réfléchir ou m’informer. Mais si on tirait réellement profit de ces nouvelles technologies? Si on en profitait pour faire des choses que l’on ne pouvait envisager avant? Avez-vous des idées.... peut-on augmenter la production avec moins d’intrants grâce au RTK?

A force de lire les post de Victor Leforestier (http://agriculture-de-conservation.com/-Victor-Leforestier-.html) sur le trafic controlé, je commence à y voir un intérêt avec les cas concrets qu’il nous cite. Certains se rappellent peut être de Jocelyn Michon, ce paysan Québécois qui était venu pour les 1er entretiens de l’AEI en 2010. Mon ami Jocelyn a donc intensifié ses pratiques écologiques sur sa ferme grâce au RTK. Comme moi, il protège ses sols avec des cultures de couvertures mais ceci n’a pas que des avantages…

Pour avoir des résidus qui se conservent suffisamment dans le temps (c-à-d jusqu’à ce que la culture suivante couvre), il faut choisir des plantes très carbonées, par définition des graminées. Mais cette belle couverture que nous offre les seigles-avoines ou sorgho ont l’inconvénient de refroidir énormément la future ligne de semis (donc moins de minéralisation), et le réseau racinaire va provoquer des phénomènes allélopathiques dans le cas d’un semis de maïs. 

Jocelyn a donc repris les travaux de Steve Groff (http://www.covercropsolutions.com/index.php) sur le bio-striptill , il sème désormais à l’automne un couvert de graminée dans le futur inter-rang; et des légumineuses ou du radis structurator sur les futures lignes de maïs. Il a ainsi un joli mélange Biomax (maximun de biodiversité) qui va protéger son sol tout l’hiver. Le gel viendra détruire les légumineuses et les radis alors que le seigle poussera au printemps pour améliorer le ressuyage sans assécher la future ligne de semis. Jocelyn revient ensuite avec son tracteur autoguidé pour faire un travail très léger uniquement sur les lignes de semis, le RTK guide le tracteur exactement là où il avait semé le couvert légumineuse-radis, les lignes sont prêtes à être semées. RTK encore, Jocelyn peut même demander à son tracteur de semer le maïs à 2 cm à coté du semis de l’automne dernier pour ne pas être gêné par les résidus qui resteraient.

Jocelyn se retrouve donc avec un beau couvert de graminée dans l’inter-rang qui va limiter l’évaporation, la levée des adventices mais aussi protéger le sol des pluies. Et au contraire, sur la ligne de semis nous obtenons des résidus noirs qui captent mieux les rayons du soleil et accélèrent le réchauffement (effet albédo) , le sol est friable et enrichi en azote tombé du ciel, avec un sol parfaitement colonisé par nos chers vers de terre . Voici un exemple d’intensification écologique à mes yeux, associant bon sens paysan et nouvelle technologie. 

«Je sème sur du vert, mais le semoir fait de la poussière»

Philippe Pastoureau, «éleveur de vers de terre»

Mai 2013