Les nouvelles pratiques agro-écologiques en Martinique et Guadeloupe

Remplacer les systèmes de culture polluants par des systèmes de production écologiques tels sont les objectifs que ce sont fixés les producteurs antillais en partenariat avec les instituts techniques INRA- CIRAD- IT2. Ces techniques innovatrices de production méritent toute notre attention car elles permettent à la fois d’améliorer les rendements tout en réduisant fortement l’emploi des phytosanitaires.

Participant avec quelques collègues agronomes, à la formation d’étudiants haïtiens, qui pour la plupart s’installent avec des productions de bananes, ignames, maïs, sorgho… et qui connaissent ou connaîtrons les mêmes contraintes que les producteurs de Martinique et Guadeloupe, il nous est apparu important de s’informer sur les avancées de la recherche et ses applications aux Antilles. Nous nous sommes plus particulièrement intéressés à la production de bananes qui est l’activité économique agricole, la plus essentielle de ces deux départements. Le modèle de développement agro-écologique suivi a déjà permis de réduire de 70% les pesticides utilisés en bananeraies. Notre intention ici, est de vous présenter les raisons de ces changements, l’intérêt apporté par les plantes dites « de service » et quelques illustrations avec les perspectives d’utilisation.

La filière bananes s’est restructurée pour faire face aux problèmes sanitaires et de concurrence avec la banane dollar.

Depuis quelques années on a assisté à une révolution dans les techniques de production suite aux effets négatifs engendrés par les techniques hyper intensives de production et notamment l’utilisation du choredécone pour lutter contre le charançon. En outre, la filière s’est fortement concentrée pour faire face à la concurrence de la « banane dollar » moins coûteuse et sans doute cultivée avec un cahier des charges moins contraignant. Aussi, pour faire face et organiser la production, les agriculteurs de Martinique (400) et de Guadeloupe (200) se sont rassemblés dans un groupement de producteurs unique : l’UGP Ban et ont créé un Institut Technique Tropical (IT2) qui a tissé des liens étroits avec le CIRAD de Guadeloupe. Des avancées techniques importantes ont été réalisées en matière de lutte contre le charançon avec l’utilisation de pièges dans les bananeraies ainsi que la production de plants issus de culture de méristèmes indemnes de nématodes. Ces méthodes sont novatrices et améliorent les rendements mais ici, nous nous intéresserons plus particulièrement aux plantes de services qui constituent une innovation riche d’enseignements pour l’agro-écologie.

Des plantes fourragères aux propriétés agronomiques fortes utiles

Les plantes de service utilisées dans les bananeraies, sont pour la plupart des graminées ou légumineuses fourragères sélectionnées au Brésil et Australie. Elles forment un tapis homogène et suffisamment dense pour faire face aux mauvaises herbes tout en favorisant la culture de bananes ou autres plantes vivrières. Leurs propriétés sont multiples.

De nombreuses propriétés à l’actif des plantes de service

Avec l’implantation d’une espèce envahissante et nettoyante dont on peut contrôler la croissance on met en place un système de culture agro-écologique qui allie écologie, agronomie et défense des cultures.
Leurs caractéristiques sont très utiles aux planteurs :
• Présentent un pouvoir suppressif sur les mauvaises herbes.
• Contrôlent les ravageurs et assainissent le sol en luttant contre les nématodes et charançons car elles ne sont pas plantes hôtes de ces parasites notamment en utilisation lors de l’année de jachère entre deux cultures consécutives.
• Structurent le sol par leurs racines pivotantes particulièrement grâce aux légumineuses ce qui évite ainsi les labours avant l’implantation de la bananeraie. • Luttent contre l’appauvrissement des sols en fournissant un terrain riche en matières organiques et en le fertilisant. Elles enrichissent le sol en biomasse avec les feuilles mortes et les tiges qui s’y décomposent en surface et ainsi qu’avec les racines en profondeur. Les légumineuses accroissent la teneur du sol en azote.
• Constituent un refuge pour la faune auxiliaire : vers de terre, prédateurs de parasites…
• Améliorent la protection du sol contre l’érosion hydrique en évitant les ruissellements.
• Accroissent la pénétration de l’eau de pluie et son stockage utile pour la culture. Les premiers travaux sur les plantes de service ont été réalisés au Brésil. La sélection de nouvelles plantes et leur utilisation fait l’objet de travaux de recherche prometteurs au CIRAD de Guadeloupe. Un domaine d’investigation fascinant pour l’agronomie.


consulter les principales plantes de service


Pour en savoir plus : IT2 : http://it2.fr/ Agrisud : www.agrisud.org/ et notamment: http://www.agrisud.org/index.php?option=com_content&task=view&id=197&Itemid=17&lang=fr
Petit film sur l’enquête réalisée : http://www.youtube.com/watch?v=mp7F0pmS4FY

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Joseph Michel
publié dans la lettre de l'AEI de mai 2013