Les Entretiens vus par 2 participants : retour sur 5 ateliers et 2 conférences

6e édition des Entretiens de l’AEI : une vision élargie de la défense sanitaire des cultures et du bétail

Atelier « Protection intégrée, protection en agriculture biologique », par Yvan Gautronneau (ISARA) et Etienne Benoît (Arboriculteur FARRE Forum des Agriculteurs Responsables et respectueux de l’environnement)


Comment résoudre les problématiques de gestion des adventices en production biologique ? Comment gérer la biodiversité fonctionnelle en production arboricole intégrée? Ce fut tout l’objet de l’échange entre Yvan Gautronneau (enseignant-chercheur en agronomie et spécialiste de l’agriculture biologique) et Etienne Benoît (Arboriculteur membre de l’association Farre dans la Meuse). Un regard croisé et deux témoignages autour de la question de la gestion des équilibres et de la maîtrise de la complexité en production agricole.

Yvan Gautronneau a 40 ans d’expérience en agriculture biologique.

Une des grandes problématiques en production AB reste la gestion des adventices : l’objectif d’avoir une parcelle propre dans ce mode de production est un objectif quasi impossible à atteindre. La connaissance des adventices ; le désherbage mécanique, et les actions préventives restent les leviers principaux en AB. Mais de manière plus globale, Yvan Gautronneau identifie 3 leviers pour gérer la biodiversité fonctionnelle :


Tout d’abord le postulat que les adventices sont utiles en AB :
il s’agit de trouver un juste milieu entre leur présence et le développement des cultures. En effet, les adventices sont générateurs de biomasse, elles couvrent le sol. C’est aussi une ressource messicole et donc source d’alimentation pour les insectes et la faune du sol.

L’importance des rotations dites « nettoyantes », en recherchant des rotations avec légumineuses et favoriser les effets allélopathiques des cultures. Il s’agit pour Yvan Gautronneau de choisir des espèces de variétés concurrentielles en tenant compte des facteurs suivants : rapidité à la levée, port au tallage, attitude des feuilles, hauteur des feuilles, biomasse….).

 Suivre les travaux sur le travail du sol : Yvan Gautronneau a partagé les résultats de mars 2016 de travaux menés par l’ISARA (J. Peigné et JF. Vion) sur 4 itinéraires culturaux mis en place en AB :

  • Labour 30cm
  • Labour 20cm (labour dit « agronomique »)
  • TCS 15cm
  • Semis direct sous couvert (TTS : travail très superficiel)

Les résultats de ces travaux montrent que se passer du labour en AB ne semble pas possible pour atteindre des rendements acceptables. Il apparaît que des systèmes hybrides (alternance labour et non labour + couverts végétaux) donnent de bon résultats en matière de gestion des adventices. Il s’agirait donc de passer du labour agronomique au labour « agro-écologique », c’est-à-dire un labour non systématique, peu profond (20 à 25 cm) sans rasette, avec charrue de 12 à 14 pouces pour l’incorporation de la MO, un labour hors raie (permettant d’éviter que la roue ne tasse la MO), avec pneumatique basse pression pour réduire le tassement du sol.

D’autres leviers existent et sont à combiner avec les autres leviers : les faux semis (semer tard et dense), la gestion de la fertilisation (fertiliser ou désherber dans la mesure ou la fertilisation peut augmenter le nombre d’adventices), l’écimage c’est-à-dire le fauchage au-dessus du blé, qui a montré des résultats intéressant sur folle avoine) et les précautions à la récolte pour éviter de « ressemer » les adventices.

Etienne Benoît, la passion avant tout. Plus de 20 ans dans une démarche de protection intégrée de ses arbres fruitiers.

 

Etienne Benoît : un arboriculteur en recherche permanente de nouvelles solutions pour répondre aux attentes des consommateurs. Etienne Benoît, est un arboriculteur du réseau Farre (Forum des agriculteurs responsable et respectueux de l’environnement) et membre du Réseau "Bienvenue à la Ferme". Le parcours d’Etienne est original, il a d’abord été conseiller agricole en Chambre d’Agriculture de 1977 à 1991, et s’est installé ensuite comme arboriculteur en 1991. Il gère aujourd’hui 15 ha en pommes-poires et un peu de fruits à noyaux. Avec environ 500 tonnes de fruits produits annuellement, il réalise de la vente directe aux consommateurs ainsi qu’à la grande distribution régionale. Son exploitation certifiée Agriculture raisonnée de 2007 à 2012. Il n’est pas passé à la certification HVE car il trouve que cette certification n’est pas suffisamment valorisée par le Ministère de l’Agriculture.

Etienne Benoît s’implique depuis toujours dans une démarche raisonnée de la protection de ses vergers. Son parcours de conseiller agricole l’a beaucoup sensibilisé aux questions environnementales et l’implantation de son exploitation au cœur du Parc Naturel Régional de Lorraine et du CPIE Meuse (Centres Permanents d'Initiatives pour l'Environnement.) est aussi un moteur de son engagement pour l’environnement. Etant au contact permanent des consommateurs par la vente directe de ses produits, il est beaucoup questionné par les consommateurs qui achètent ses fruits : « les vergers sont-ils traités ? » « Peut-on manger les fruits avec la peau ? » sont les questions récurrentes de ses clients qui amènent Etienne à s’améliorer en permanence et à chercher de nouvelles solutions pour réduire les traitements.

En protection intégrée, rien n’est figé : Tout est une histoire d’équilibre des systèmes : Etienne Benoît prend l’exemple de la mise en œuvre de nichoirs à mésanges il y a quelques années dans ses vergers pour limiter les ravageurs sur ses pommiers : la multiplication rapide des mésanges avec eu un effet non attendu : 30 % de sa récolte a été piquée et a été perdue. Etienne a donc mis en place des nichoirs à faucons crécerelles et a taillé ses haies pour limiter leur présence. L’équilibre ravageurs/ auxiliaires est un enjeu majeur de la protection intégrée.

Petite florilège des solutions opérationnelles mises en place par Etienne Benoît en matière de protection de ses vergers :

  • La confusion sexuelle contre le carpocapse des pommes et des poires
  • Favoriser les typhlodromes contre les acariens phytophages
  • Le respect des prédateurs naturels pour supprimer tout traitement contre le Psylle du poirier
  • La mise en œuvre d’anneau de glue pour protéger pêches et abricots cueillis à maturité des attaques de forficules
  • La mise en œuvre de pièges sexuels localisés et de pièges alimentaires généralisés pour freiner la sésie du pommier
  • La mise en œuvre de fauches alternées de l’enherbement permanent des interlignes de plantations
  • L’utilisation du SDN Laminarine en été sur pommes et poires pour remplacer les fongicides
  • Le soufflage, l’endainage et le broyage des feuilles de pommier et poirier pour réduire l’inoculum de tavelure
  • L’installation d’une station météo couplée à des OAD qui modélisent les risques tavelure
  • Le semis de tagetes (œillet d’inde) après arrachage pour éviter la désinfection chimique avant replantation, leurs racines étant toxiques pour les nématodes.

Il existe bien sûr des freins à ces approches : Tout d’abord, la prolifération de ravageurs secondaires est une préoccupation majeure en arboriculture fruitière. Par ailleurs, les solutions de biocontrôle existantes sont pour l’instant insuffisantes. Il y a donc de fortes attentes pour avoir des solutions alternatives aux substances d’origine chimique ou encore au cuivre pour lutter contre les maladies cryptogamiques. En matière de désherbage, il y a également des attentes d’herbicides issus de la chimie verte mais également de systèmes de tonte sous les arbres plus performants : en effet toute concurrence d’herbe cause une perte de calibre des fruits ayant une incidence économique majeure. Il faut relier à cela le dernier frein : les choix des consommateurs : les pommes les plus demandées aujourd’hui sont des GALA, des GOLDEN, des PINK LADY, 3 variétés très sensibles aux bio-agresseurs, tavelure en particulier. Le consommateur recherche de beaux fruits, d’une couleur attrayante. Il existe d’autres variétés plus rustiques (FLORINA), mais le marché ne favorise pas ce type de variétés.

Ne pas rester seul, être accompagné et prendre des risques. « Ne surtout pas rester seul sur son exploitation » insiste Etienne Benoît; « même s’il existe de nombreuses informations disponibles sur le net ». Sa participation aux colloques et aux rencontres techniques du réseau FARRE a été un vrai stimulant et un media d’échanges entre agriculteurs, chercheurs, porteurs de projet en matière de raisonnement des pratiques de production agricole. C’est selon lui un réel moyen pour enrichir ses connaissances, se remettre en cause sans y être contraint …« Agir plutôt que subir ».Un autre facteur essentiel est la capacité d’écoute et d’accompagnement du conseiller technique qui va suivre l’exploitation. Et enfin la passion est le vrai moteur pour essayer de comprendre les phénomènes et permettre une plus grande aversion aux risques : « la passion permet de refuser les solutions de facilité » conclut Etienne Benoît.

 

 

Atelier « Rôle des auxiliaires » par Jean Pierre Sarthou », maître de conférences ENSAT, chercheur INRA et agriculteur

Les thèmes de l’Agronomie face aux grands enjeux mondiaux, ainsi qu’un panorama des pollinisateurs et auxiliaires ont été l’objet de cet atelier.


L’Agronomie face aux grands enjeux mondiaux :
De nombreux facteur ont affecté et affectent encore aujourd’hui le maintien des auxiliaires et pollinisateurs :

  • Croissance des populations de plus en plus importantes,
  • Une surface agricole arable par habitant de plus en plus restreinte (En France par exemple, perte en moyenne d’une surface équivalente à un département tous les 7 ans à cause de l’urbanisation, soit 250 ha par jour hors forêts!),
  • L’intensification sur les surfaces existantes dans le monde,
  • L’arrachage des haies (en France notamment après la seconde guerre mondiale avec 33 000km arrachés)…
  • Perte d’humus dans les sols (1% d’humus /ha)

Il faut savoir qu’entre 50 et 100 espèces disparaissent par jour dans le monde ! (majoritairement des insectes)

Or en UE, 84% des plantes cultivées ont besoin des insectes et dépendent directement de la pollinisation entomophile. Dans le monde, cela représente 70% des plantes cultivée et 88% des plantes sauvages ! De même 68% des principales cultures dans le monde ont un meilleur rendement selon la qualité des pollinisateurs. La protection des auxiliaires et pollinisateurs est donc un enjeu majeur pour la production agricole et l’alimentation.

 Dans le monde, les ennemis naturels (ou auxiliaires) sont responsable de 50% du contrôle des ravageurs contre 40% par les facteurs génétiques et 10% par les pesticides

Les pollinisateurs et auxiliaires, qui sont-ils ?

Les principaux pollinisateurs sont de deux ordres : Les hyménoptères apiformes (abeilles et bourdon) d’une part, et les diptères syrphidés d’autre part.

Les principaux prédateurs sont : les coccinelles, syrphes, cécidomyie, les cantharides, les dermaptères, les carabes, les araignées et champignons nématophage

Les principaux parasitoïdes : parasitoïdes entomophtorales (champignons), muscardines, les bactéries et virus, les nématodes entomopathogènes, les aphelinides, les trichogrammes, les tachinaires, les tercilocus…

 

 

Atelier « Bio-inspiration, Biocontrôle » Bernard de la Morinière (Triskalia), Julien Prat (Triskalia) et Olivier Cor (Lallemand Pant Care)

Comment se passe la conception et la mise en œuvre de solutions de biocontrôle dans la filière légumes industrie ? Avancée des travaux et essais sur 2 produits du groupe Lallemand plant care en partenariat avec Triskalia.

 Des enjeux de qualité dans la filière légume industrie : Triskalia est une coopérative qui est spécialisée notamment dans la production contractualisée et industrielle de légumes. La quantité et qualité sanitaire des légumes produits est un enjeu pour la coopérative qui s’est rapprochées de la firme Lallemand plant car pour réaliser des expérimentations sur des produits dits "bio-inspirés" (la bio-inspiration ou comment s'inspirer de la nature pour développer de nouvelles solutions). Cela s'applique aux végétaux, animaux, champignons bactéries et virus. Focus sur deux solutions bio-inspirées produites par Lallemand Plant care : Locacell et Prestop.

La conception de produits bio-inspirés, 2 exemples : Bacillus amyloliquefaciens et le Gliocladium catenulatum : Concevoir un produit bio-inspiré c’est aussi penser la biodisponibilité des éléments nutritif et en eau de la plante : Quel est le volume d’eau prospecté ? Quelles est la densité de racine active ? Quelles est la richesse du sol ? Quelle est sa capacité à solubiliser les éléments nutritifs ?

Le Bacillus amyloliquefaciens IT 45 : pour une meilleure utilisation du phosphore. Ce Bacillus permet d’augmenter les radicules dans la rhizosphère et se nourrit des exsudats racinaires. Ces bactéries ont un effet starter dans la mesure où elles stimulent la croissance racinaire en sécrétant des métabolites de croissance et solubilisent le phosphore par sécrétion de phytases. Le coût : 50 à 60 euros de l’hectare (nom commercial du produit Locacell)

Le Gliocladium catenulatum (J1446) pour limiter les maladies. Ce champignon a été initialement isolé dans un sol finlandais dans le cadre d’un projet de contrôle des agents pathogènes des graines de céréales (1989-1993). Le produit a été homologué fin 2012. Ce champignon présent naturellement dans certains sols, est donc capable de survivre plusieurs semaines sur les feuilles et protège la culture contre les agents pathogènes. Ses modes d’action sont l’hyper-parasitisme, et la compétition spatiale et nutritive. Ce produit est efficace sur fusarium culmorum ainsi que sur rhizoctonia et pythium sur chou-fleur et betteraves (nom commercial du produit Prestop)

 

 

Atelier « Prospective et perspective de la défense des cultures, rôle de l’écologie » par Thibault Malausa, (Sofia Antipolis)

Quels sont les freins au développement du biocontrôle ? Une vision prospective de la défense des cultures.

On constate que la situation économique entraîne un phénomène de réassurance des agriculteurs qui incite ceux-ci à ne pas prendre de risques. « Pour utiliser les produits de biocontrôle il faut se lancer et accepter une prise de risque dans le temps ». Le plus important est de créer un climat favorable et positif pour encourager les agriculteurs à innover. L’outil « groupe » est indispensable pour que les agriculteurs communiquent entre eux et prennent de l’assurance.

L’autre frein peu venir des firmes elles-mêmes qui considèrent parfois qu’il est utile d’avoir plusieurs fers au feu : le biocontrôle étant pour elles une réponse sectoriells mais pas systématique.


 

Atelier « Prévention et Eco-pathologie : stimuler la résilience sanitaire des animaux par les thérapeutiques douces » par Philippe Labre (vétérinaire homéopathe), Emmanuel Bénéteau (Responsable santé animale chez Terrena) et Sylvie Chouet (vétérinaire à la CAM)

Comment améliorer la résilience des animaux ? Comment tendre vers la démédicalisation en production animale ? Témoignages d’un vétérinaire homéopathe et retour d’expériences de la démarche d’éco-pathologie chez Terrena et à la CAM.

Philippe Labre : le rôle fondamental du milieu et des conditions de vie du troupeau pour limiter les maladies

Philippe Labre est vétérinaire mais aussi homéopathe. Il utilise les plantes, les oligo-éléments et les huiles essentielles en élevage, non pas pour soigner mais dans une démarche d’activation des fonctions du vivant. Selon Philippe Labre, c’est un moyen efficace pour diminuer l’utilisation des antibiotiques sur l’exploitation (les ¾ des antibiotiques).

Dans ce mode de raisonnement, il s’agit d’activer les capacités immunitaires de l’animal qui devient capable de s’auto-guérir. Philippe Labre insiste sur le rôle fondamental des conditions de milieu et de vie des animaux et ainsi que l’importance de l’équilibre des écosystèmes pour favoriser les capacités adaptatives des animaux. C’est pour Philippe Labre "une conception physiologique et écologique de la santé des animaux". La santé d’un être vulnérable est liée à l’efficacité et à la réactivité de ses fonctions biologiques, et à sa capacité à s’adapter de manière dynamique à son milieu et à réagir aux agressions; Philippe Labre parle de "Capacité d’autorégulation physiologique adaptative".

Comment l’éleveur peut-il favoriser la santé de son troupeau ? Il faut d’abord un écosystème d’élevage stable et adapté. Viennent ensuite 3 processus fondamentaux qui sont des fonctions complexes et interdépendantes qui permettent d’assurer la régulation interne, l’adaptation aux variations des conditions externes, et la réactivité.

  1. La gestion de la matière vivante : c’est la gestion des fonctions métaboliques de l’animal (nutrition, détoxication) portés par l’appareil digestif, le foie, les reins.

  2. L’énergie vitale : c’est la force d’animation de l’animal : Pour l’être humain elle existe aussi ! au niveau physique (tonus) et psychique (motivation). Ce qui compose l’énergie vitale c‘est le tonus physique, le psychisme, la régulation nerveuse et hormonale, portée principalement par le système nerveux central

  3. Les relations de l’individu avec les autres vivants : l’animal doit gérer les relations avec les autres êtres vivants de son milieu : les relations vitales (végétaux) ou collaboratives (flore du rumen) d’une part et les relations antagonistes d’autre part avec la mise en jeu des fonctions de défense de l’animal (immunité et préservation). Les fonctions de défense peuvent être activées et optimisées par des végétaux et huiles essentielles selon Philippe Labre et ainsi diminuer la vulnérabilité des problèmes infectieux. Les processus de préservation modulent et soutiennent les fonctions sollicitées lors des agressions infectieuses durant lesquels il y a des risques de déséquilibre et de décompensation. L’action des plantes est selon Philippe Labre un moyen de diminuer ces risques de déséquilibre.

Ces trois facteurs conditionnent la santé, la réactivité et la vitalité de l’animal. Il s’agit de pouvoir les activer naturellement.

Philippe Labre finalise son intervention sur une de ses expériences réussies en exploitation pour illustrer son propos : Un éleveur de vaches laitières en pleine transition vers la robotisation de son outil de travail. Cette transition est souvent génératrice de stress pour les animaux et donc de sensibilité accrue aux maladies. On évalue à 6 mois de temps d’adaptation à ce changement. Lors des prélèvements lors de cette transition chez cet agriculteur, le taux de cellule chez le troupeau est monté à 700 000 cellules au lieu des 200 000 à la normale. Philippe Labre a prescrit une phytothérapie via un mix de plantes pendant 15 jours pour activer appétit et digestion. En 2 mois à peine, les prélèvements sont revenus à la normale (200 000 cellules).

 

Emmanuel Bénéteau et Sylvie Chouet : Retour d’expériences de la démarche d’éco-pathologie chez Terrena et à la CAM

L’éco-pathologie est une démarche développée en France pour tenter d’apporter des solutions aux problèmes posés par la pathologie multifactorielle dans les élevages. Cela consiste à étudier la pathologie, son déterminisme dans sa relation avec l'environnement des animaux, et ce dans une finalité d'action préventive. Cette démarche a été mise en œuvre chez certains éleveurs de chez Terrena et à la CAM. Témoignages de Emmanuel Bénéteau et Sylvie Chouet.

L’Eco pathologie en pratique

En pratique c’est une approche globale de l’élevage qui fait appel à la médecine des populations par rapport au troupeau. L’enjeu est donc de produire plus et mieux avec moins, en gérant les problématiques sanitaires et zootechniques. La CAM et Terrena ont mis en œuvre la démarche ALARME qui remet à plat les 6 piliers de la santé animale (Animal, logement, Alimentation, Respect, Microbisme et Eleveur).

La mise en œuvre de cette démarche consiste à identifier tout d’abord la problématique, de réaliser ensuite un audit des pratiques de l’éleveur, permettant ainsi de réaliser un diagnostic et de balayer le champ d’investigation. Il s’agit ensuite de mettre en place les actions curatives immédiates (souvent médicales pour le court terme) puis des actions préventives pour le moyen et long terme. Ces actions préventives sont généralement des modifications des pratiques d’élevage avec l’agriculteur. Enfin il s’agit d’évaluer les actions mises en œuvre.

Dans cette démarche, l’observation de l’animal dans le troupeau et dans son milieu est extrêmement importante. Il s’agit d’accompagner l’éleveur dans la reconnaissance de signes de l’animal, permettant de réaliser un diagnostic.

 

 

 

 

Conférence de Chevassus-au-Louis « Perspective humaniste de la défense des cultures »


Cela reste plutôt intimidant de s’essayer à écrire un résumé et un commentaire en quelques lignes de la conférence de Monsieur Bernard Chevassus-au-Louis, tant on a pu apprécier la richesse intellectuelle de son exposé et son immense qualité d’orateur … Essayons tout de même de nous prêter au jeu pour inciter à écouter ou réécouter son intervention en entier !

En reprenant la genèse de la notion d’humanisme dans l’histoire et à travers les réflexions des différents philosophes, Bernard Chevassus-au-Louis nous a proposé 3 axes de réflexion pour repenser la protection des cultures et du bétail :

(1)    Le paradigme de l’individualisme et de la défense en profondeur : ou comment passer d’un organisme performant à des niveaux d’organisation des écosystèmes complémentaires,

(2)    De l’individu au réseau : ou comment passer de l’individu autonome au réseau d’objets connectés et proactifs ?

(3)    Appréhender des nouvelles échelles de temps et d’espace : ou comment passer d’une gestion annuelle de la parcelle à une gestion pluriannuelle des territoires ?

Cette réflexion l’amène à proposer le concept « d’humanisme élargi » ou « humanisme généralisé » à savoir, être capable d’étendre l’humanisme au monde commun des vivants, et la considérer en tant que communauté liée à une histoire et à un avenir commun. En conséquence Bernard Chevassus-au-Louis propose de repenser la notion d’organisme (végétal ou animal) et de voir autrement les agro écosystèmes, le pilotage des collectifs humains, non humains voire hybrides plutôt que de regarder les écosystèmes selon l’écologie des bio-agresseurs. « Il faut savoir regarder en négatif » dit-il (’exemple de trèfle tétraploïde est très parlant pour comprendre cette notion : l’homme a créé un trèfle tétraploïde, avec une fleur plus grande mais avec moins de graines produites. Il s’avère qu’une seule espèce de pollinisateur est capable de capter le nectar de cette fleur et que la taille de la fleur ainsi modifiée a amené les petits bourdons pollinisateurs à capter le nectar via le dessous de la fleur : l’homme a donc considéré ces bourdons non plus comme un allié, mais comme un bio-agresseur ! Alors même que c’est l’homme qui est à l’origine de la création de ce ravageur puisqu’il est à l’origine du changement de  taille de la fleur… sachons regarder en négatif !) Cette réflexion invite à se poser les questions suivantes : Faut-il repenser à toute la hiérarchie des êtres ? Avec quel gradient ? Qu’est-ce qu’être responsable vis-à-vis des êtres vivants ?

Penser un agrosystème productif est forcément au-delà d’un équilibre. Trouver un système à l’état d’équilibre est complètement daté, les écosystèmes ont besoin en permanence d’être perturbés pour évoluer et favoriser la biodiversité. Il s’agit d’avoir une vision de solutions imparfaite. Selon Bernard Chevassus-au-Louis : la recherche agronomique a épuisé la recherche additive (à savoir le fait que le "tout mieux" est possible). Ce qu’il reste à explorer ce sont les logiques non additives, qui sont plus compliquées à prédire mais c’est le gisement d’interactions entre les êtres vivants qu’il reste à explorer. Cela invite donc à repenser les modes de production de connaissances. Il s’agit d’avoir le réflexe de se poser la question à chaque fois que l’on  cherche ou réalise quelque chose "qu’ai-je appris en faisant cela ? Qu’ai-je produit comme connaissance ?" La recherche reste un espace qui ouvre des portes vers d’autres pièces encore noires .


Clôture des entretiens par Michel Griffon

La progression des terres cultivées et des monocultures ont créé des conditions de pullulation des ravageurs et des épidémies. La perte de biodiversité nous a aussi fait perdre la résilience des écosystèmes productifs. Longtemps on a cultivé une biomasse végétale en concurrence avec le reste de la biomasse. On a souhaité éliminer les ennemis des cultures par des moyens de défense. Le mot défense lui-même fait référence à un vocabulaire de guerre qui marque l’intention d’éradiquer. La "course à l’armement" par les produits chimique s’est donc développée. Or dans l’art de la guerre, apparaît la notion de résistance. Or la perspective que des résidus de molécules peuvent se retrouver dans la nourriture et donc dans le corps humain provoque des peurs et des conflits de société…. Ou mène cette aventure ? Se terminera-t-elle bien ?

Certains choisiront d’aller vers le non chimique et des solutions alternatives, d’autres choisiront la lutte biologique et la protection intégrée. Ce que les ateliers nous ont appris c’est qu’il faut soigner la santé plus que la maladie. Il faut également remettre les humains dans les écosystèmes, un humanisme élargit à l’ensemble du vivant et partager l’espace entre les habitants humains et tous les êtres vivants. Nous avons le choix entre 2 modes de productions :

-          Eradiquer directement le ravageur par rapport au pathogène. Or toute éradication mène de fait à une résistance.

-          Ou composer avec l’environnement. C’est cette dernière voie que souhaite porter l’AEI. Plus que d’éradiquer, il s’agit de maîtriser l’agent à effet négatif. 




Pauline Caron, Responsable Technique et Gilles Maréchal , directeur de FARRE