L’atelier « écopathologie animale et prévention » aux Entretiens 2016

Au cours de l'atelier "Ecopathologie animale et prévention", Louis-Marie Fioleau, un éleveur, Jocelyn Savina, un conseiller agricole, et quatre vétérinaires ont changé nos regards sur la manière d’appréhender la défense sanitaire des animaux d’élevage, la démédicalisation dans une démarche écologique compatible avec des objectifs d’efficacité technique et économique.  

Bernard Faye, vétérinaire et chercheur au Cirad, a ouvert les débats par un historique de l'étiologie des maladies animales, c'est à dire de leurs causes, et des remèdes proposés, qui vont de la prière et du sacrifice, à la quarantaine, l'hygiène, les traitements de masse, et la compréhension des déterminants et de leurs interactions (écopathologie). A l'échelle de l'élevage, les trois piliers des pratiques et des soins sont l'éleveur, l’animal, l'environnement et le troupeau, qui sont en interactions. A l'échelle des territoires, ce sont les populations humaines et animales, les écosystèmes et les décideurs. Il a montré comment une action sur le logement et l’alimentation était souvent suffisante pour venir à bout d’une supposé pathologie. 

Louis Marie Fioleau est en Gaec (groupement agricole d'exploitation en commun) avec son frère Laurent, sa femme Sylvie et bientôt son neveu Sylvain (en projet d’installation). Ils sont producteurs laitiers à Saint-Hilaire-le-Loulay depuis une trentaine d'années. Ils élèvent une centaine de vaches sur une exploitation de 138 hectares, dont 110 hectares de prairies. Au fur et à mesure des années, leur philosophie de l'utilisation de leurs terres et de l'élevage a évolué changeant leurs pratiques. L'animal a été remis au coeur des écosystèmes. Ce sont des événements (la sécheresse), des formations, des rencontres qui ont contribué à ces changements. Il y a eu, par exemple, une formation à la méthode AGDAR (approche globale et dynamique de l'alimentation des ruminants)  qui les ont conduit à changer leur regard sur leurs animaux. Louis-Marie Fioleau et ses associés se sont mis à les regarder, à examiner leurs yeux, leur poil, leur museau, leur comportement, leur bouse, etc.,  selon la méthode OBSALIM® pour avoir des indications sur leur état de santé et leur alimentation. Ils ont échangé avec leurs voisins éleveurs, discuté et comparé leurs expériences. Ils ont utilisé leurs prairies pour l'alimentation animale, mais également leurs haies et leur bois pour se chauffer et améliorer le paillage des litières des génisses.  Ils ont ouvert les barrières de la stabulation. En quelques années, les traitements antibiotiques ont été quasiment arrêtés, les rations diminuées et transformées, et surtout les quatre exploitants travaillent ensemble, se partagent les tâches, ont diminué leurs risques, augmenté leurs revenus et sont heureux.

Sylvie Chouët et Emmanuel Benneteau, vétérinaires respectivement à la CAM et TERRENA , réalisent des audits d’élevage avec une approche globale qui passe tout en revue : état de santé et bien-être de l’animal, logement, alimentation, choix de conduite d’élevage, les pathogènes rencontrés et la façon dont l’éleveur traite les problèmes. C'est la méthode Alarme. L'objectif est de proposer à l’éleveur l’arrêt des traitements systématiques. “On remet en cause tous les traitements antibiotiques, et on met en place des outils de contrôle et de suivi, pour pouvoir vérifier que tout fonctionne, ou améliorer ce qui ne fonctionne pas”, explique Sylvie Chouet. La qualité de l’eau est également regardée de près avec analyse chimique et bactériologique mais aussi la vérification de l’état des tuyauteries. En cas de pathologies digestives et respiratoires dans les bâtiments post-sevrage et nurseries, la température, l’hygrométrie et la ventilation sont surveillées. “Les capteurs nous permettent de vérifier si l’objectif qu’on s’est fixé est atteint. Si oui, on conservera la méthode en place, sinon, on modifiera les pratiques.

Jusqu'au 30 avril : vous pouvez télécharger la vidéo d'illustration présentée durant l'atelier en suivant le lien https://cam.storage.orange-business.com/invitations/?invitation=b2b42d2db04419a49260#filesTab

Philippe Labre, vétérinaire, va encore plus loin en cherchant à démédicaliser la santé animale et à activer les compétences physiologiques des animaux par des synergies végétales. Pour qu'un animal ou un troupeau soit en bonne santé, il faut d'une part que l'environnement et les conditions de l'élevage soient stables et adaptés afin de minimiser les variations pathogènes et les agressions qui dépassent la capacité de régulation physiologique autonome des animaux. Le professionnalisme et les pratiques de l'éleveur sont des facteurs fondamentaux de la santé et de la vitalité du troupeau. Il faut par ailleurs, que les organes fonctionnement  et aient une capacité de réactivité efficace afin de permettre aux animaux de s'adapter en permanence à ces variations et aux agressions modérées de l'environnement et des conditions de l’élevage. Les plantes médicinales traditionnelles et les huiles essentielles permettent de stimuler les capacités des animaux d’élevage à l’autoguérision : dans ce cas, plantes et huiles essentielles sont donc utilisées non comme des médicaments, mais comme des nutriments végétaux activateurs des capacités physiologiques, permettant d'améliorer la réactivité dans les périodes de forte sollicitation fonctionnelle ou d'agression. En diminuant la vulnérabilité des animaux, on diminue d'autant le recours aux médicaments, l’animal devenant physiologiquement compétent.  L’homéopathie vétérinaire est quant à elle aussi efficace sur les animaux d’élevage que sur les humains.

Marie de Lattre – Gasquet et Alain Retière, avril 2016