Êtes-vous responsable de ce que vous mangez ???

J’ai la chance d’avoir une épouse qui cuisine admirablement bien. Ni trop ni trop peu mais toujours à point. Cela me rappelle mon enfance où déjà en traversant la cour de la ferme je pouvais sentir et deviner ce qui allait être dans mon assiette au repas du midi. Eh oui, à l’époque, on savait ce que l’on mangeait …

Il y a 60 ans, ma maman a démarré l’élevage des poulets pour l’autoconsommation, puis rapidement la basse-cour s’est agrandie et le surplus se vendait au marché local. Autant dire qu’il fallait mieux qu’il soit bon le poulet car sinon le client ne manquait pas de vous le rappeler la semaine suivante, et votre pub était faite...

Semaine après semaine, les clients revenaient voir mes parents car ils avaient apprécié ce qu’ils avaient acheté. Mes parents se retrouvaient à la fin du marché avec les voisins Fermiers qui écoulaient également leurs gallinacés, pour parler de la pluie et du beau temps, mais aussi pour discuter de l’avenir de leur métier. Ils étaient une bonne dizaine à vendre du poulet sur le marché, et les discussions portaient sur l’avenir de leur production, comment faire profiter plus de monde de ces si bons poulets, comment assurer un approvisionnement régulier aux clients avec une qualité toujours irréprochable, comment passer du petit élevage de basse-cour à une production raisonnée tout en gardant ce lien très fort qui unit le consommateur au producteur ???

A l’époque, un volailler (surnommé « aile d’essai ») avait repéré ces Fermiers et il n’a pas hésité à commencer à passer des commandes pour les jours de fêtes. Cette phase fut le début de ce que l’on appelle aujourd’hui des «intermédiaires», ce fut bien pour l’économie de la ferme de mes parents et mes voisins mais comment le consommateur allait pouvoir retrouver ce si bon poulet maintenant vendu sur les étalages à côté d’autres volailles venues d’ailleurs ???

Le Label rouge est né pour cela, pour garantir une qualité irréprochable au consommateur, mais mes parents iront beaucoup plus loin que ce label et ils ont eu la chance de pouvoir intégrer un syndicat (à l’époque, le syndicat de défense du poulet de LOUE ; devenu aujourd’hui « Fermiers de LOUE ») qui s’est créé il y a plus de 50 ans pour justement organiser cette filière avicole. La particularité de ce syndicat est qu’il rassemble producteurs, transformateurs, distributeurs et tout le monde se retrouve autour d’une table pour organiser la production (sélectionneurs, accouveurs, éleveurs, fabricants d’aliment, suivi sanitaire), la transformation (abatteurs, transformateurs, conditionneurs), la distribution et le contrôle à tous niveaux.


50 ans plus tard, qu’est ce qui a changé dans l’assiette ???

Rien, rien n’a changé dans l’assiette, le goût du poulet n’a pas changé et c’est la fierté des Fermiers de LOUE qui comme mon épouse élèvent (et consomment) poulets, pintades, canettes, chapons. La passion de cet élevage a donc traversé les décennies et a su à chaque fois s’adapter pour coller au marché et passer les crises, mais toujours sans rien renier de la qualité, gage de durabilité¹.

Le syndicat des pionniers a donc évolué en coopérative, il est passé de 10-15 producteurs à plus de 1 000 aujourd’hui, mais rassemblés géographiquement autour d’un territoire, afin de pouvoir tout contrôler de A à Z.

Pensez donc, mon épouse fait partie de cette coopérative, elle élève ces si bonnes volailles qui tantôt garnissent la table de notre maison, la cantine de nos enfants, les tables de restaurants étoilés mais aussi des supers ou hypermarchés de notre pays, et même de temps à autre la table de l’Élysée...

Évidemment, quand on a cette responsabilité de savoir que le produit que l’on a élevé avec passion finit dans l’assiette de M Lambda, on n’a pas le droit de tricher et c’est pourquoi mon épouse signe chacune de ces volailles, d’une magnifique bague qui assure la traçabilité du poulailler à l’assiette, cette bague porte notre nom, et vous permet si vous le souhaitez de venir visiter notre élevage.

Et oui, on ne se contente pas d’élever nos volailles, nos parents nous ont expliqué depuis longtemps que «le groupe serait toujours plus fort que le plus fort du groupe», voilà pourquoi au sein de notre coopérative, on permet à chacun de s’exprimer sur les compétences qu’il a en dehors de l’acte de production. On retrouve donc des Fermiers de LOUE qui vont aller à la rencontre des consommateurs dans les grandes surfaces pour simplement expliquer ce qu’est un poulet Fermier, donner des conseils sur la cuisson par exemple ( il faut retourner la volaille toutes les 15 mn dans le four pour bien faire pénétrer les graisses dans la chair, humm...). Expliquer pourquoi la coopérative s’interdit une alimentation à base d’OGM et l’écrit sur la barquette, et privilégie l’utilisation de phytothérapie. Expliquer en quoi nos modes de production «à l’ancienne» augmentent les défenses immunitaires de nos volailles, et pourquoi nos volailles picorent les petits cailloux de nos parcours herbeux (parce qu’elles n’ont pas de dents, mais vous le saviez j’en suis sûr). Enfin répondre à toutes les questions que chaque consommateur est en droit de se poser.

D’autres éleveurs se chargent d’animer les foires locales mais aussi le grand Salon parisien, et là il suffit de montrer comment le poussin sort de l’œuf pour faire coïncider le goût du poulet avec l’image de la poule. Il est loin le temps du marché où l’on pouvait voir l’animal vivant avant de le déguster, c’est pourquoi selon ces Fermiers il est important d’aller à la rencontre du consommateur. D’autres éleveurs sont moins à l’aise parmi la foule, mais à l’inverse sont prêts à recevoir chez eux les consommateurs pour leur faire visiter leur ferme. Certains de ces éleveurs sont devenus aéronautes pendant leurs temps libre, et pour le plaisir de tous ils nous font découvrir un paysage magnifique lorsqu’ils font décoller leurs ballons dans nos parcours. Nos volailles vivent dans un parcours arboré une bonne partie de leurs temps, et l’entretien de ces parcours a permis à notre bocage de ne pas changer en ½ siècle. Pour cela, on compte sur les compétences de nos techniciens qui nous conseillent sur la plantation d’arbres, de haies, mais aussi sur la taille, le choix des essences pour une vocation fruitière, énergétique ou simplement florifère.

J’arrête ici le récit des talents cachés de nos Fermiers, j’en oublie beaucoup, tout comme ceux qui ont un rôle dans la vie sociale de nos communes, associations, organisations, mais je vais plutôt vous parler de l’avenir.

Depuis 50 ans, les Fermiers de LOUE ont su organiser leur filière, répartir les marges entre tous les maillons de la chaîne pour garantir le meilleur prix au consommateur, mais ils ont aussi su anticiper pour résister à chaque crise (alimentaire, économique, médiatique, etc.).

Demain, nos Fermiers ne vont pas se contenter de vous fournir toujours ce même poulet dans votre assiette, ils vont être en mesure d’assurer un mode de production parfaitement écologique de cette volaille, et ils vont contribuer à compenser les besoins énergétiques de leur filière par de l’énergie renouvelable. Toute l’énergie nécessaire à l’ensemble de la filière (de la sélection des races au four de la ménagère), sera donc produite par l’ensemble des Fermiers de LOUE sous forme d’énergie renouvelable, sur nos fermes, dans nos champs, sous forme de panneaux solaires ou d’éoliennes. Notre coopérative sera la première marque alimentaire à énergie positive.

Encore un signe fort que l’on peut produire durablement sans impacter notre environnement.


Mais l’avenir, il est peut-être finalement dans votre assiette ???

Maintenant, je ne saurais dire à quoi peut ressembler l’AEI dans les assiettes, tout simplement parce que pour moi cela fait bien longtemps que j’en mange, ce n’est pas écrit sur la barquette, ce sont mes papilles qui me le disent. flash code









Christelle Pastoureau,
Fermière
et Philippe Pastoureau,
Eleveur de vers de terre, administrateur de l’association AEI, http://agriculture-de-conservation

 
¹ Entre nous, rien, rien ne va changer ; tout, tout va continuer : http://www.youtube.com/watch?v=57edduDiW18&hd=1